L’intuition : sixième sens ou non-sens ?
Vous est-il déjà arrivé de regretter de ne pas avoir suivi
votre intuition? Le remord d’avoir ignoré un pressentiment représente
une expérience quasi-universelle. Malgré l’intérêt
grandissant que l’intuition génère, et en dépit de ces situations
pour lesquelles elle nous a orientés vers la bonne solution, la plupart
de nous hésitons encore à y faire confiance. La raison en est bien
simple: il s’agit d’une faculté que nous n’arrivons pas vraiment à
expliquer par des faits concrets et des règles précises.
Presque tout le monde sait ce qu’est l’intuition. Il s’agit de cette «
petite voix » qui provient de l’intérieur et nous informe que nous
devrions faire ceci ou ne pas faire cela. En revanche, peu de gens savent que
depuis une vingtaine d’année, une réelle science de l’intuition
a émergé. L’une des principales avancées dans ce domaine
a été la reconnaissance de l’intuition en tant que fonction active
et cruciale de notre système de perception, au même titre que l’instinct,
les émotions et les cinq sens. Mais plus important encore, il s’avert
que l’intuition serait vraisemblablement une des principales sources de notre
intelligence. Sans elle, la connaissance n’aurait sans doute jamais trouvé
son chemin jusque dans notre intellect.
Les évidences de l’intuition
L’un des plus grands défis à la compréhension du phénomène
intuitif a été l’identification de son système de perception.
En neurosciences, on s’entend pour affirmer que le cerveau est le centre de
toutes nos perceptions. Or, la capacité de saisir de l’information concernant
des événements qui appartiennent au futur semble se manifester
dans toutes les formes d’organisation physique et biologique. Il en existe d’innombrables
représentations dans la nature, par exemple : l’adaptation des végétaux
en fonction de la rigueur de l’hiver à venir, la prémonition des
animaux par rapport aux catastrophes naturelles, le pressentiment de l’éminence
d’un danger menaçant la vie d’un de nos proches. N’appartenant pas exclusivement
aux humains, la capacité de pressentir un événement futur
ne peut, selon toute vraisemblance, être la seule propriété
du cerveau.
Une série de recherches effectuées sur l’intuition suggèrent
que celle-ci résulte d’un processus de perception générale
qui requiert, au minimum, une collaboration entre le cur et le cerveau.
En effet, l’analyse de la réponse électrophysiologique des sujets
testés a révélé que la perception, le traitement
et l’interprétation de l’information intuitive s’effectuent tout d’abord
par le cur et ensuite par le cerveau. Cette communication cur-cerveau
représenterait l’un des circuits de transmission de la teneur émotionnelle
d’un stimulus. Mais plus étonnant encore, il a été noté
que certains aspects de notre système de perception sont continuellement
en exploration du futur. Par exemple, en mesurant simultanément la conductivité
de la peau, les variations électrophysiologiques du cur (ECG) et
du cerveau (EEG), on a pu observer que le cur arrive à percevoir
et à répondre à des stimuli émotionnels plusieurs
secondes avant que le corps ou le cerveau ne capte l’information. Ces résultats
surprenants suggèrent que le cur joue un rôle de premier
plan dans la perception émotionnelle mais aussi dans celle d’événements
futurs. Cette découverte nous aide à mieux comprendre, ce que
nous savons tous intuitivement, que le cur joue un rôle dans la
perception des émotions, dans notre relation avec notre environnement
et dans notre comportement.
Parmi les autres points notés au cours des mêmes recherches, on
aurait observé une différence marquée entre les hommes
et les femmes dans la sensibilité de perception. Les femmes seraient
significativement plus sensibles à l’information intuitive du cur
que les hommes.
L’intuition et l’intelligence
L’activation de l’intuition se fait par la synchronisation entre les multiples
dimensions qui composent notre système de perception. Celui-ci est composé
de plusieurs paliers de sensibilité dont chacun révèle
une différente facette de la réalité et contribue à
enrichir notre perception habituelle. Lorsque nous étendons notre perception
en intégrant toutes les informations que nous ressentons vraiment, nous
obtenons un point de vue plus vaste et plus intégral. Une plus grande
sensibilité aux manifestations subtiles étend notre champ de connaissance
en lui donnant à la fois une qualité plus personnelle et plus
universelle.
Une multitude d’individus ont confirmé le rôle de l’intuition
dans l’intelligence. Parmi les plus célèbres, Albert Einstein
avait affirmé : "L’intellect a peu à faire sur le chemin
de la découverte. Un bond se produit dans la conscience, appelez-ça
de l’intuition ou ce que vous voulez, et la solution vient à vous, et
vous ne savez ni comment ni pourquoi ". Observant son propre processus
de pensée, Einstein avait remarqué que la connaissance était
le résultat d’une collaboration entre la force du raisonnement et l’information
qui émerge d’une source inconnue.
Ainsi, la pensée scientifique serait-elle, ironiquement, le résultat
d’une collaboration intime entre l’intuition et le raisonnement de l’intellect?
La connaissance elle-même ne résulterait-elle pas d’une communication
directe et collaboratrice entre les perceptions sensibles du cur et la
force d’analyse du cerveau? Il semble bien que ce soit là les éléments
que nous suggèrent les dernières découvertes en science
de l’intuition.
L’intuition et la science
L’acceptation de l’intuition pose à la communauté scientifique
un débat comparable à celui qui a divisé et profondément
bouleversé la physique au début du 20e siècle. À
cette époque, les principes classiques de la physique dite « mécanique
», dont l’origine remonte à Isaac Newton, ont été
ébranlés jusque dans leurs fondations par une série d’expériences
« anormales ». Il a été observé que le plan
invisible, ou l’infiniment petit, fonctionne selon des lois qui sont impossibles
dans le monde visible. Autrement dit, les matériaux qui composent la
matière ne se comportent pas de la même façon avant l’assemblage
et après. C’est un peu comme si vous décidiez d’utiliser de l’eau
pour bâtir les fondations de votre maison en vous fiant sur le fait qu’une
fois la construction commencée l’eau deviendrait de la brique. Imaginez
l’émoi! D’abord controversés et réfutés, ces phénomènes
ont néanmoins trouvé leur place au sein de la physique et ont
mené à la naissance d’une nouvelle science révolutionnaire
: la physique quantique.
Cette révolution a eu des nombreuses répercussions dans le monde
visible, notamment le déploiement phénoménal de la technologie
telle que nous la connaissons aujourd’hui. Mais elle a aussi déclenché
une vague de fond qui promet de modifier à un niveau très profond
notre perception du monde et de la réalité.
La science moderne occidentale n’a jamais eu comme objectif de pourvoir l’humanité
d’une vision du monde qui lui permette d’expliquer la réalité.
Sa principale utilité est de soutenir l’industrialisation, le contrôle,
la prévision et la manipulation de notre monde matériel. Or, simultanément
à l’avancement de ses applications, la recherche en physique quantique
s’est ouverte à l’exploration du phénomène de la vie elle-même.
Domaine traditionnellement attribué à la biologie, et plus récemment
à la biochimie, la nature de la vie telle que décrite en physique
renverse la conception que nous en avions. En fait, tout porte à croire
que la vie ne serait pas à priori le résultat de réactions
chimiques mais plutôt la conséquence d’une organisation énergétique.
Or, ce point de vue sur la nature de la vie rejoint de façon remarquable
le plan de réalité décrit par les grandes traditions spirituelles
du passé, c’est-à-dire que l’être humain est un être
de lumière, ou d’énergie.
Affirmation très controversée, il va sans dire. D’ailleurs, une
grande part des scientifiques se défend de faire ce rapprochement. La
science avait jusqu’à présent choisi de ne pas se mêler
des questions entourant la nature de la conscience et de l’âme, laissant
volontiers à la spiritualité la tâche de se débattre
avec ses questions. Mais il se pourrait que la réticence à aborder
cette perspective soit désormais motivée par le potentiel de ce
phénomène de profondément bouleverser notre conception
de la réalité. Quoi qu’il en soit, la science doit aujourd’hui
investir beaucoup d’efforts afin d’éviter de se confronter à certaines
questions telles que: la conscience est-elle un facteur causal dans notre univers?
Est-ce que l’intention d’un individu et son point de vue affectent le déroulement
de la réalité?
Conclusion
Pour l’heure, les principales sources à partir desquels nous tirons notre
conception du monde, la science et la spiritualité, demeurent en opposition.
Cependant, malgré leurs différends, aucune des deux n’arrivent
à exclure l’autre de notre système de perception. Serait-il possible
que nous soyons arrivés aux prémisses d’une collaboration et d’un
rapprochement? Si l’intelligence est réellement issue d’une combinaison
de l’intuition et du raisonnement, la concurrence entre la science et la spiritualité
ne serait-elle en réalité qu’une guerre de clochers? Puisqu’en
définitive, les deux ont résisté à l’épreuve
du temps et semblent réellement ne pas pouvoir exister l’une sans l’autre.
En attendant que le débat s’amorce, l’intuition, quant à elle,
n’en demeure pas moins un moyen de communication intime entre deux mondes: l’invisible,
ou le plan universel, et le plan matériel. Chaque individu possède
ce système de perception qui lui permet d’acquérir les connaissances
dont il a besoin pour communiquer avec la dimension subtile de la réalité.
L’auteur Evelyn Underhill a écrit: « Le mysticisme est l’art de
s’unir avec la réalité ».
L’intuition remplace les dogmes et les doctrines par une authenticité
très personnelle. Paradoxalement, plus un individu retrouve son lien
personnel avec son essence intime plus il devient intégral et retrouve
le lien qui l’unit à la réalité universelle.
De nombreuses observations et analyses en recherche fondamentale pointent vers
l’interrelation de toute chose dans le cosmos. Or, jusqu’à présent,
il semble que dans le but de mieux comprendre l’univers, nous avons tenté
de nous en détacher et de nous y soustraire. Mais il n’est pas possible
d’expérimenter sur des grenouilles, de les couper en morceaux afin de
les étudier et ensuite de rassembler les pièces et de leur redonner
la vie. Nous faisons partie intégrante de l’univers et pour comprendre
son fonctionnement, nous devons comprendre comment nous y sommes connectés.
Le temps ne serait-il pas venu de commencer à créer des liens
au lieu de continuer à nous isoler? N’est-il pas possible que nous soyons
arrivés au point où nous devons réintégrer notre
place au sein de cet univers afin de comprendre, en dernière instance,
comment nous interagissons avec lui? Mon intuition me dit que cette étape
de notre évolution commence à se manifester sur le plan individuel.
Nous serions vraisemblablement à l’aube d’une véritable révolution
de la conscience.