TRUC DE LA SEMAINE
Le juge intérieur contre l’humanité
Il y a un peu plus d’un mois de cela, j’ai vécu une expérience
des plus pénibles. Devant des collègues et un client je n’ai pas
pu me retenir de dire tout ce que j’avais sur le cur à la suite
d’une injustice commise à mon égard, aggravée par une accumulation
de frustrations et d’irritants. Le problème c’est que lorsque je me suis
exprimée, mon cur s’était emballé et battait à
tout rompre et je tremblais d’indignation. Étant parfaitement incapable
d’être ouvertement agressive, mon dernier recours pour exprimer ma colère
et mon indignation est malheureusement la crise de larmes (ce qui s’est produit
par la suite lorsque je me suis réfugiée aux toilettes).
De mon point de vue, c’était la honte! J’avais complètement perdu
la face. Je me disais que je venais de miner ma crédibilité. Je
serais désormais catégorisée comme un être émotif
et par conséquent, peu digne de confiance. J’étais en colère
contre moi-même et je maudissais mon " hypersensibilité ".
Pourtant, je constate avec étonnement que tout ce que j’ai dit ce jour-là
a fait une différence et suscite des changements. Loin d’avoir perdu
ma crédibilité, je me sens plus respectée. On me traite
avec plus d’amitié, on m’accepte plus et surtout, on me fait plus confiance.
Je constate que j’ai eu tort de m’en être voulu à ce point.
Mais que s’est-il passé?
En fait, j’avais commencé à remarquer depuis un bout de temps
dans les écrits de mon journal intime que les textes les plus touchants
et les plus remarquables que j’ai écrit au fil des années l’on
très souvent été sous l’emprise de très fortes émotions.
Je suis plus spontanée, plus authentique et plus lucide. Il semble que
j’exprime alors toute mon intelligence. J’ai commencé à faire
des liens très révélateurs lorsqu’une cliente est venue
me voir en consultation pour que je l’aide à travailler sa spontanéité.
Ah! Que la vie est savoureuse de synchronicité!
Avec elle comme miroir, j’ai pu commencer à découvrir avec plus
de profondeur à quel point l’expression de nos émotions est taboue.
Nous sommes tellement pudiques envers nos émotions et elles nous effraient
à tel point que lorsqu’elles s’expriment, nous ressentons souvent de
la honte. Nous avons peur que les gens nous jugent, qu’ils perdent confiance
en nous, qu’ils nous fuient et nous rejettent. Et cette peur est tellement puissante,
qu’elle est capable d’éteindre complètement notre spontanéité.
À partir du moment où nous perdons notre spontanéité,
nous commençons à nous conformer aux autres. Notre sensibilité
est alors mise au service de la conformité. Elle ne nous sert qu’à
décoder les attentes des autres et à y répondre. Nous modelons
notre comportement en fonction de ce que nous percevons comme approprié
: c’est correcte de rire
mais pas trop ni trop fort; c’est correcte d’aimer
mais pas trop intensément; c’est correcte d’exprimer ce qui nous déplaît
mais pas de se mettre en colère. Et nous y croyons de plus en plus.
Cette croyance a un nom : le jugement moral. Selon nous, nous vivons dans une
société qui a des conventions morales tellement puissantes que
la spontanéité n’y a plus de place.
Mais voici ce que j’ai découvert : la société, c’est nous
qui la constituons! Le plus grand juge de notre spontanéité réside
à l’intérieur de nous-même. Le plus grand empêcheur
de danser en rond n’existe que dans notre psyché et nous seuls avons
le pouvoir de décider de le faire taire. Chaque fois que je condamne
ma propre sensibilité et que je ne me donne pas le droit d’avoir "
l’air fou " ou de dire " n’importe quoi ", je contribue à
maintenir en vie cette croyance sociale qui méprise mon intelligence
émotionnelle. Chaque fois que j’accumule des frustrations au lieu de
me mettre en colère, je deviens de plus en plus explosif ou je m’éteins,
en sabotant mon instinct naturel.
Il n’en tient qu’à moi de libérer ma spontanéité
et d’exprimer mes émotions au moment où je les ressens. Comment ? En acceptant d’être émotif sans me juger. C’est une peur à traverser. Mais ce n’est que cela. Lorsque j’accepte de le faire, non pas sans courage, non seulement mes émotions deviendront moins explosives et
démesurées mais elles révèleront toute l’ampleur
de mon intelligence et de ma profonde humanité. Et le monde a plus que
tout besoin d’intelligence et d’humanité en ce moment